ÉDITO 2013

 

L’aménagement du territoire au service de la transition numérique.

Nul n’est besoin de répéter ici combien il est devenu crucial, dans le contexte économique difficile qui est aujourd’hui le nôtre, de tout faire pour améliorer la performance de nos entreprises. Allègement des charges qui pèsent sur le travail, modernisation des outils industriels ou maintien de l’accès à une énergie bon marché, restent et resteront des fondamentaux de la compétitivité des entreprises françaises. Mais ces derniers sont devenus insuffisants, voire inopérants, s’ils ne s’accompagnent pas de ce que l’on pourrait appeler une  « transition numérique ».

A ce propos, le philosophe Bernard Stiegler déclarait récemment que « Toute l’activité économique sera conditionnée par le numérique. C’est pour cela qu’il faut investir massivement, faute de quoi l’Europe sera vassalisée – et à très courte échéance. Mais cela suppose une politique globale de développement, qui doit aller bien au-delà des investissements dans le très haut débit (1) ».
C’est bien cet enjeu qu’il faut comprendre car rien ne sera jamais plus comme avant et la sauvegarde de notre industrie et de nos emplois passe dorénavant par un changement de paradigme qui doit lui-même être précédé d’une nouvelle vision de ce que sera l’industrie du XXIème siècle. Cette dernière n’a en effet rien à voir avec ce qu’elle a été, ni, non plus, avec la caricature d’une économie intégralement basée sur le service et la production de biens immatériels que, souvent, on nous propose. La France est encore, et doit rester, un territoire industriel, au sens d’un territoire producteur de biens, mais dont la valeur ne procédera plus uniquement d’une production matérielle destinée à être consommée, ou plutôt « consumée », mais de la combinaison de produits et services, issus de véritables écosystèmes basés sur l’usage, le partage et la relation durable. Visionnaire, Jean-Baptiste Say ne nous avait-il pas enseigné, au XIXème siècle, que « la production n’est point la création de matière mais la création d’utilité (2) »? Nous dirions aujourd’hui « des usages ».
Cette valeur de l’usage grandit d’autant plus vite que le produit industriel se mue peu à peu, et dans le même temps, en objet communicant, c’est-à-dire connecté aux réseaux de communication. Il apporte ainsi toujours plus de services, propose de nouvelles applications et permet, surtout, d’être relié (3). Pour vous en convaincre, regardez votre téléphone, votre appareil photo ou même votre voiture, n’ont-ils pas eux-mêmes considérablement évolué ces vingt dernières années ?
Cependant, le développement des écosystèmes propices à la naissance de ces nouveaux biens ne pourra s’opérer que si les entreprises qui les réalisent disposent d’infrastructures numériques adaptées. C’est-à-dire non seulement d’un accès de qualité au très haut débit mais encore à des services et applications informatiques leur permettant, à leur tour, de proposer au marché des produits intelligents et connectés.
Chacun sait qu’une entreprise a besoin, pour se développer, et comme en botanique, d’un terreau favorable, c’est-à-dire d’un territoire adapté à sa nature et qui saura alimenter et soutenir sa croissance. C’est d’ailleurs ainsi que, et de tout temps, les activités économiques ont prospéré à proximité des sources d’énergies, de matières premières mais aussi d’infrastructures de transports et de communications.
La mutation industrielle et l’avènement de nouveaux modes de consommation ont généré de nouveaux besoins d’échanges, de traitement et de stockage de l’information. C’est devant la nécessité de répondre à ces nouveaux besoins que s’est imposé le concept d’aménagement numérique du territoire. Ainsi, ce dernier est devenu bien plus qu’un  projet de société visant à apporter plus de confort, de qualité de vie et de richesse aux citoyens mais un enjeu économique majeur, condition non seulement de notre prospérité future mais encore de notre survie dans une monde désormais ouvert.

Jacques Marceau
Président d’Aromates
Co-Fondateur des Assises du Très Haut Débit – https://treshautdebit.aromates.fr/
1) Interview publiée dans le JDD  du 11 mai 2013 – http://www.lejdd.fr/Economie/Actualite/La-France-dans-dix-ans-Entrer-dans-la-troisieme-epoque-du-Web-606814?fb_action_ids=10200286353136570&fb_action_types=og.recommends&fb_source=other_multiline&action_object_map=%5B465978740137070%5D&action_type_map=%5B%22og.recommends%22%5D&action_ref_map=%5B%5D
2) Say, Traité d’Economie Politique, 1826, page 51
3) Jacques Marceau, « Le piège de la nostalgie industrielle »- La Tribune – Février 2013 – http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20130214trib000748821/le-piege-de-la-nostalgie-industrielle.html